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L’impact de l’Industrie 4.0 sur la chaîne de valeur et la supply chain des imprimeries

20 octobre 2020

Internet et ses technologies associées devaient rendre caduc le papier et faire disparaître les imprimeries. Il ne faut pas se le cacher, Internet n’a pas été une bénédiction pour la filière des industries graphiques.

Mais, aujourd’hui, il serait préférable, d’après Michael Porter[1] (2001), de ne plus parler « d’industries de l’Internet », « de stratégies e-business » ou de « nouvelle économie » et de voir la technologie Internet pour ce qu’elle est vraiment : « une technologie habilitante (an enabling technology en anglais) un ensemble d’outils puissants qui peuvent être utilisés, à tort ou à raison, dans presque toutes industries et dans le cadre de presque toute stratégie. » Et c’est le cas des industries graphiques, Internet et ses technologies associées y sont entrés de plain-pied. On commence tout juste aujourd’hui à analyser leurs impacts sur la filière.

La question clé aujourd’hui pour les imprimeurs n’est plus de savoir s’ils doivent ou non déployer la technologie Internet au sein de leur entreprise, ils n’ont plus le choix s’ils veulent rester compétitifs, mais la façon de la déployer (Porter, 2001[2]).

Internet en soi est rarement un avantage concurrentiel, confie Michael Porter (2001), mais il offre à ces entreprises de bien meilleures opportunités d’établir des positionnements stratégiques distinctifs que les technologies de l’information et de la communication par le passé.

Internet notamment avec le web-to-print a propulsé la chaîne graphique dans une nouvelle dimension en permettant de transmettre n’importe où, n’importe quand, des informations, des données et du contenu, et ainsi d’imprimer, de personnaliser, et de relier également n’importe où, n’importe quand, à l’attention de clients, donneurs d’ordre et/ou partenaires commerciaux.

Toutefois, limiter l’impact d’Internet à l’arrivée du web-to-print au sein des entreprises des industries graphiques serait réducteur, Internet et plus largement le numérique ont incité les imprimeries à reconfigurer leur chaîne de valeur à l’époque de l’Industrie 3.0 et aujourd’hui les invitent voire contraint à réfléchir à transformer et à accélérer leur chaîne d’approvisionnement avec l’avènement de l’Internet des objets et des services à l’origine de l’Industrie 4.0.

L’outil de base pour comprendre l’influence d’Internet et plus spécifiquement de l’impact des révolutions industrielles d’hier et d’aujourd’hui sur les entreprises des industries graphiques est la chaîne de valeur développée par Michael Porter[3] (1985). Elle représente l’entreprise comme un enchaînement d’activités primaires et de soutien permettant de transformer et dans le cas des entreprises des Industries Graphiques, d’imprimer des produits et de les vendre pour en dégager une marge, un profit pour l’entreprise.

La figure 1 vous donne une illustration d’une chaîne de valeur d’une imprimerie. Bien entendu, dans le monde réel, les chaînes de valeur des imprimeries peuvent être beaucoup plus complexes et différentes pour chaque imprimerie. Elles dépendent de la culture, de la stratégie, et des marchés sur lesquels se positionne l’entreprise.

Figure 1 – Chaîne de valeur d’une imprimerie (d’après Porter, M. E. (1985). Competitive Advantage: Creating and Sustaining Superior Performance. New York: Free Press.)

A l’époque de l’Industrie 3.0, Internet impacte principalement les imprimeries sur la façon de vendre leur production imprimée avec l’apparition de plateformes web-to-print, ou web-to-pack pour les emballages.

Grâce à ces systèmes, les clients peuvent commander n’importe quel produit imprimé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans avoir à quitter leur bureau ou à décrocher leur téléphone.

Ces systèmes web-to-print ont eu pour effet de déplacer certaines activités physiques en ligne comme la spécification du produit à imprimer et l’élaboration de devis, mais principalement de provoquer une approche radicalement différente que ce soit en B2C ou B2B. L’utilisation d’Internet automatise la saisie des commandes et permet aux clients et à l’entreprise de gagner du temps.

À l’époque de l’Industrie 4.0, celle de l’Internet des Objets (IdO), ce sera principalement les activités de production (l’impression et la finition) mais aussi et surtout la logistique et plus largement la chaîne d’approvisionnement avec les systèmes cyber-physiques (SCP) qui se trouveront bouleversées.

Les ordinateurs, les automatisations et même la robotisation avec le calage automatique des plaques existaient déjà au sein des imprimeries à l’époque de l’Industrie 3.0, mais les possibilités offertes notamment par l’internet des objets révolutionnent leur utilisation.

L’Industrie 4.0 avec la mise en œuvre de systèmes cyber-physiques (SCP), au sein de la production industrielle à savoir, des réseaux de micro-ordinateurs, des capteurs et des actionneurs intégrés dans les matériaux, les presses à imprimer, les périphériques de finition ou les produits imprimés connectés tout au long de la chaîne de valeur favorisera dans ces ateliers d’impression et de finition une production autorégulée, une planification plus précise et agile. En rendant les imprimeries beaucoup plus flexibles à tous les niveaux, il sera possible de tirer parti d’une capacité à imprimer de très petites séries voire d’imprimer à l’unité.

Figure 2 – Les outils de l’industrie 4.0 dans la chaîne de valeur de l’entreprise.

Source : Judit Nagy, Judit Oláh, Edina Erdei, Domicián Máté, and József Popp – The Role and Impact of Industry 4.0 and the Internet of Things on the Business Strategy of the Value Chain – The Case of Hungary.

Les imprimeries 4.0 de demain exploiteront les données collectées et analysées à chaque maillon de leur chaîne de valeur pour prendre les bonnes décisions (par exemple, en cas de panne, la machine elle-même indique quelle pièce de rechange doit être apportée) et se développer et ainsi se différencier et obtenir un avantage concurrentiel au regard des imprimeries qui ne se focalisent que sur les performances de leur presses et autres périphériques de production.

Une accélération de la supply chain

La réduction des délais, la réactivité, la personnalisation, l’impression à l’unité à l’époque de l’Industrie 3.0 et aujourd’hui, la personnalisation de masse avec l’Industrie 4.0 font peser une pression importante sur la supply chain et mettent sous tension toutes les parties, les ressources de l’imprimerie, mais aussi les activités impliquées dans le marketing ou la distribution par lequel un livre, une campagne, un mailing… atteint le consommateur, le client ou la cible finale.

Les structures de la supply chain dans l’Industrie 4.0 se caractériseront par des processus flexibles et une efficacité élevée qui devraient non seulement apporter des économies en matière de coûts, mais également supposés offrir des avantages comme une gestion améliorée pour des produits complexes, une réduction du temps de commercialisation et une production à la demande. Normalement, la différenciation et la domination par les coûts sont considérées comme des stratégies de concurrence contradictoires, mais l’Industrie 4.0 relève le défi de les mener simultanément.

À l’époque de l’Industrie 3.0, et encore plus avec l’Industrie 4.0, les imprimeurs et leurs clients cherchent de plus en plus à économiser du temps et de l’argent sur tous les éléments de la supply chainde l’impression. Avec l’impression à la demande puis l’impression à l’unité, et demain la personnalisation de masse, une accélération à chaque maillon de la chaîne de valeur se fait alors sentir pour permettre une reproduction plus rapide, des chiffres de tirages et donc des temps de fabrication plus courts. Ainsi, les gaspillages sont généralement considérés comme l’ennemi majeur, et des relations de travail plus étroites et à plus long terme, même des partenariats, avec des fournisseurs à tous les niveaux de la chaîne sont recommandés, afin de fournir une valeur exceptionnelle aux clients. Les entreprises individuelles, dont les imprimeries, ne sont plus en concurrence en tant qu’entités autonomes, mais plutôt comme chaînes d’approvisionnement. Elles entrent à présent dans l’ère de la « concurrence entre réseaux » où les prix seront attribués aux organisations qui peuvent mieux structurer, coordonner et gérer les relations avec leurs partenaires.

Ainsi, l’Industrie 4.0 ne se limite pas à la dimension technique de la numérisation des entreprises les plus modernes. À travers ce concept, il s’agit plutôt de décrire une nouvelle organisation et coordination d’un réseau global de chaînes de valeur et d’approvisionnement (Platform I4.0, 2015).[4] Pratiquement tous les aspects des affaires se transformeront en fin de compte, par le biais de l’intégration verticale de la R&D, la fabrication, le marketing et les ventes et les autres opérations internes. En effet, les entreprises graphiques et manufacturières de demain évolueront et s’orienteront vers un écosystème numérique complet.

Figure 3 – L’impact des révolutions industrielles sur les méthodes et outils de production (d’après Strategy & analysis © PwC.)

Cet écosystème reposera sur la mise en œuvre intégrale d’un large éventail de technologies numériques — le cloud, le big data, l’Internet des objets, l’impression 3D, la réalité augmentée et les systèmes cyber-physiques.

Le résultat permettra à ces imprimeries du futur connectées à un réseau de réagir aux perturbations dans la supply chain.

L’intégration du traitement des commandes au sein de systèmes web-to-print a accéléré dans ces imprimeries le lien entre les activités de vente avec le traitement des commandes les obligeant à relier de multiples activités par des outils tels que la gestion de la relation client (CRM), la gestion de la chaîne logistique (SCM), et des systèmes de planification des ressources d’entreprise (ERP). Internet devient rapidement un outil clé dans la chaîne d’approvisionnement de la production de livres, de campagnes, de prospectus et autres produits imprimés.

À l’ère de l’Industrie 4.0, les différents acteurs de la chaîne d’approvisionnement sont de plus en plus interconnectés. Les imprimeries et leurs clients s’attardent à améliorer la performance totale de leur supply chain, afin de pouvoir offrir une meilleure valeur aux clients. Le plus grand impact sur la structure de la chaîne graphique est à prévoir à partir des concepts de Smart Logistics et Smart Factory. Avec leur mise en œuvre, l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement sera touché d’un point de vue structurel et technologique.

En se fondant sur les technologies RFID et AIDC, la supply chain pourra davantage être numérisée, et profiter des informations collectées en temps réel sur l’état actuel des activités de logistique. Ainsi, le camion de livraison de produits spécifiques par exemple pourra être optimisé ; et les informations de livraison de produits transportés pourront être modifiées en temps réel et chaque fois que nécessaire.

Sur un plan technologique, on peut imaginer que des applications de smartphone, auront sans aucun doute une incidence sur l’organisation des activités de la supply chain et que chaque employé équipé de ce type d’appareils mobiles, pourra interagir avec ses collègues, et effectuer des modifications de planning, ou encore exécuter des activités spécifiques dans le processus de fabrication.

Des imprimeries smart en réseaux

À l’époque de l’Industrie 4.0 et du Print 4.0 pour les imprimeries, toute la chaîne graphique 4.0 doit alors être en mesure d’imprimer et de fabriquer des biens personnalisés, voire individualisés, commandés par le client.

L’Industrie 4.0 par une demande de plus en plus croissante de produit personnalisé, voire individualisé, entraînera une réorganisation de la chaîne graphique et une imbrication encore plus forte entre les clients et les imprimeries et autres fournisseurs le long des réseaux de la chaîne de création de valeur.

Par sa chaîne de valeur, la chaîne graphique 4.0 met le client au centre en évaluant ses besoins personnalisés, voire individualisés, et organise sa supply chain pour modifier ses processus en conséquence.

Cette nouvelle stratégie industrielle avec ce besoin toujours plus important de personnalisation dans l’industrie graphique doit inciter les imprimeurs et autres industriels à appréhender différemment leur espace et organisation de production et de travail.

La remontée du client dans la chaîne de valeur doit inciter les imprimeurs, mais aussi les autres acteurs de la nouvelle chaîne à s’organiser pour répondre le plus vite possible à une demande d’impression et de produits personnalisés. Les imprimeries et autres entreprises manufacturières sont ainsi invitées à se transformer en réseaux intégrés, dans lequel les entreprises de même secteur, mais aussi de différentes industries unissent leurs compétences clés. Il s’agit concrètement pour ces entreprises de tirer parti des compétences des partenaires du réseau afin de répondre aux besoins du marché et obtenir ainsi des avantages durables et d’être capables de recomposer facilement leur chaîne de valeur pour s’adapter aux évolutions du marché et des technologies, tout en développant une intimité digitale avec leurs fournisseurs et leurs clients propre à entretenir la confiance et favoriser l’innovation.

Figure 4 – Réseaux intégrés

Les imprimeries performantes seront ainsi capables d’adapter rapidement leurs infrastructures physiques et intellectuelles pour exploiter les changements technologiques au fur et à mesure que la fabrication devient plus rapide, plus adaptée à l’évolution des marchés mondiaux et plus proche des clients.

Mises en réseau, guidées par la réactivité à des demandes personnalisées, ces entreprises, imprimeries « intelligentes » et « autonomes » pourront ainsi redéfinir leurs flux logistiques avec très souvent une nouvelle localisation attendue des sites d’impression (à la demande).

Ainsi progressivement, la chaîne graphique 4.0 se transformera en un réseau d’organisations connectées, mutuellement interdépendantes, travaillant ensemble et en coopération pour contrôler, gérer et améliorer le flux des matières et des informations des fournisseurs jusqu’aux consommateurs et clients finaux. La gestion des stocks gérée par le fournisseur (Vendor Managed Inventory, VMI en anglais) est un bon exemple des avantages des technologies Internet permettant aux imprimeurs de ne plus se préoccuper à commander, stocker, bloquer des capitaux rares, des espaces de stockage, etc. Ces services d’impression peuvent ainsi profiter d’inventaire en « juste à temps » (JAT), avec des reconstitutions de leur stock de matières premières à intervalles réguliers.

La future chaîne graphique 4.0 prendra appui sur la transmission instantanée d’information et la communication en temps réel pour surveiller et agir sur les systèmes physiques de l’outil de production.

Dans ce nouvel environnement, la technologie de l’information (TI) est la clé pour traiter de nombreux problèmes opérationnels, de la conception à la distribution en passant par la logistique.

Au sein de la future chaîne graphique 4.0, les systèmes communiqueront et coopèreront entre eux, mais également avec les hommes, pour décentraliser la prise de décisions. La chaîne graphique 4.0 met donc l’accent sur la connectivité, favorisant ainsi le développement de nouveaux processus, produits et services. Son déploiement requiert une intégration de différents savoir-faire propres aux technologies numériques.

Cette révolution s’accompagnera ainsi d’une mise en réseau plus poussée des entreprises. Les réseaux ainsi créés entre entreprises favoriseront la co-création de valeur. Les partenariats collaboratifs reposant sur l’interopérabilité, la transparence et l’intelligence décentralisée se développeront, assurant ainsi la cohérence opérationnelle dans des environnements multifournisseurs.


[1] Porter, M. E. (2001). “Strategy and the Internet,” Harvard Business Review.

[2] Porter, M. E. (2001). “Strategy and the Internet,” Harvard Business Review.

[3] Porter, M.A. Competitive Advantage: Creating and Sustaining Superior Performance; Free Press: New York, NY, USA, 1985.

[4] Platform I4.0, Von smarten Objekten und Maschinen, available at http://www.plattform-i40.de/ (accessed 24 August 2015).

FORMATION-ACTION INDUSTRIE 4.0 – IMPRIMERIE 4.0 – PRINT 4.0 – FINISHING 4.0 – PACKAGING 4.0 :

YAT Conseil accompagne les entreprises des industries graphiques et créatives dans leur transformation numérique et industrielle 4.0 : https://yatconseil.com/2020/03/20/industrie-4-0-print-4-0-finishing-4-0-packaging-4-0/

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